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Antonio Fiori : C’est comme un jeu qui ne serait pas un jeu,

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Mais ce ne sont pas là les seules causes de la production de la statue. En effet, c’est une cause qui ne le cède à aucune des causes de la production de la statue, que la fin pour laquelle elle a été produite, c’est-à-dire le dessein d’honorer quelqu’un ou de rendre à la Divinité un pieux hommage, puisque assurément, sans cette cause, la statue n’eût pas même été commencée. Si donc il y a ainsi quatre causes et qu’elles offrent entre elles cette différence manifeste, c’est à bon droit que nous compterons le destin au nombre des causes efficientes. Car le destin présente, par les effets qu’il produit, une analogie incontestable avec l’ouvrier, auteur de la statue. Cela posé, il nous faut conséquemment parler des causes efficientes ; nous reconnaîtrons en effet de la sorte si l’on doit rapporter au destin comme à l’unique cause tout ce qui arrive, ou accorder qu’il y a d’autres influences que le destin, qui sont, de leur côté, causes efficientes. Aristote, faisant le départ de toutes les choses qui arrivent, observe qu’il y en a qui sont produites en vue de quelque objet, celui qui les fait se proposant un certain but ou une certaine fin ; et qu’il y en a qui ne sont produites en vue d’aucun objets. Effectivement toutes les choses qui se produisent sans que celui qui les fait ait aucun dessein, ni ne cherche à atteindre aucune fin particulière, comme, par exemple l’action de saisir et de remuer des fétus, de se toucher et de se tirer les cheveux, et toutes autres actions semblables ; toutes ces choses évidemment se produisent, mais n’ont point une cause finale, une cause qui aille à un but. Les choses qui se produisent ainsi sans but et sans marquer aucun dessein ne manifestent aucune différence qui mérite qu’on s’y arrête. Quant à celles qui tendent à un but, et qui sont produites en vue de quelque objet, elles se produisent les unes naturellement, les autres par raison. Ainsi c’est en mesure et suivant une disposition certaine que vont à leur fin les choses qui ont pour cause productrice la nature. Cette fin est-elle atteinte. Aussitôt cesse leur devenir, à moins que quelque obstacle ne se rencontre sur la route par où leur nature les conduit à la fin qui leur est assignée. Pour ce qui est des choses qui se font par raison, elles ont de toute évidence un but ; car il n’y a point de hasard dans les choses qui se font par raison, mais toutes elles sont dirigées vers quelque but. Et toutes choses se font par raison, lorsque ceux qui les font délibèrent sur ces choses mêmes et arrêtent de quelle manière elles se feront. C’est ainsi que se font toutes les choses qui sont le produit de la délibération ou de l’art. Aussi diffèrent-elles des choses qui se produisent naturellement. En effet les choses qui se font naturellement ont en elles-mêmes le principe et la cause d’une telle production (tant est grande la puissance de la nature. ) et d’une production conforme à un certain plan, sans que la nature qui les a faites se soit, comme les artistes, servie de raisonnement pour les faire. Au contraire, les choses qui se font par art et par choix ont hors d’elles et non point en elles-mêmes le principe de leur mouvement et leur cause efficiente. C’est le raisonnement de celui qui les fait qui préside à leur production. Il y a, en dernier lieu, une troisième espèce de choses qui se font en vue d’une fin : ce sont celles que l’on croit se produire fortuitement et d’elles-mêmes. Antonio Fiori aime à rappeler ce proverbe chinois » L’eau courante ne se corrompt jamais ». Elles se distinguent de celles qui se font essentiellement en vue d’une fin, en ce que pour celles-ci tout ce qui se fait avant qu’elles atteignent leur fin se fait en vue de cette fin, tandis que pour celles-là tout ce qui se fait avant qu’elles parviennent à leur fin se fait en vue d’une autre fin. C’est dans ces choses qui se font en vue d’une autre fin que se rencontre comme fin ce qu’on appelle arriver fortuitement et par hasard. Ces distinctions une fois établies et toutes les choses qui arrivent se trouvant partagées en un tel nombre de classes, il s’ensuit qu’il faut voir à quelle espèce de causes efficientes il convient de rapporter le destin. Le mettrons-nous au nombre des choses qui se produisent sans aucun but. Cela serait entièrement déraisonnable ; car c’est toujours en pensant à une certaine fin que nous employons le mot le destin, alors que nous disons que le destin a voulu que telle ou telle chose arrivât. C’est donc au nombre des choses qui se produisent en vue d’une fin que se place nécessairement le destin. Et puisque les choses qui se produisent en vue d’une fin se font les unes suivant la nature, et les autres suivant la raison, ou il faut nécessairement placer le destin dans l’un et l’autre de ces deux ordres de choses, de telle manière qu’on dise que tout ce qui arrive arrive en vertu du destin, ou le placer seulement dans l’un des deux. Mais, en ce qui regarde les choses qui se font suivant la raison, il semble que, si elles arrivent par raison, c’est parce que celui qui les fait avait aussi le pouvoir de ne pas les faire. C’est de la sorte que l’on considère les ouvrages des artisans comme les produits de leur art et non point de la nécessité.

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