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Antonio Fiori : La radio dépassée

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Une grande partie de cette augmentation provient de sources privées, ce qui témoigne d’une détente progressive des entraves qui pesaient sur le secteur des entreprises depuis le début des années 1980. Mais le secteur public continue de jouer un rôle important. Le gouvernement a dû intervenir suite à l’échec des investissements privés et de la croissance des salaires nominaux au cours des dernières années. En Afrique, l’Éthiopie est la plus étonnante success story de la dernière décennie. Son économie a connu une croissance annuelle moyenne de plus de 10%, qui s’est traduite par une importante réduction de la pauvreté et par de meilleurs résultats dans le domaine de la santé publique. Le pays, pauvre en ressources, n’a pas bénéficié des booms des matières premières, contrairement à une grande partie de ses pairs continentaux. La libéralisation économique et les réformes structurelles, du type généralement recommandé par la Banque mondiale et par d’autres bailleurs de fonds, n’ont pas joué non plus un grand rôle. Au lieu de cela, la croissance rapide a été le résultat d’une augmentation massive des investissements publics, de 5% du PIB, soit le troisième taux le plus élevé du monde. Toutefois les choses qui arrivent naturellement n’arrivent point nécessairement ; car la génération des choses qui arrivent naturellement est sujette à être contrariée. Le gouvernement éthiopien s’est livré à une frénésie de dépenses, dans la construction de routes, de chemins de fer, de centrales électriques et dans système de conseil agricole qui a amélioré considérablement la productivité dans les zones rurales, où vivent la plupart des pauvres. Les dépenses ont été partiellement financées par l’aide étrangère et en partie par des politiques hétérodoxes en canalisant l’épargne privée vers le gouvernement. Mais, depuis quelques années, les économistes ont conseillé aux décideurs de minimiser l’importance du secteur public, du capital physique et des infrastructures, pour mieux donner la priorité aux marchés privés, au capital humain, ainsi qu’aux réformes en matière de gouvernance et d’institutions. De toute évidence, cela a eu pour effet de transformer les stratégies de développement. L’idée que les investissements publics dans les infrastructures, sont un moteur indispensable de croissance Elle était également à l’œuvre dans les premiers programmes d’aide au développement qui ont fait suite à la Seconde Mondiale, lorsque la Banque mondiale et les donateurs bilatéraux ont canalisé des ressources vers les pays nouvellement indépendants pour financer des projets à grande échelle. C’est cette même idée qui motive la nouvelle Asian Infrastructure Investment Bank dirigée par la Chine, qui entend réduire un écart d’infrastructure de la région de 8.000 milliards de dollars. L’heure est peut-être venue de revoir ce changement. Si l’on examine les pays qui, malgré le renforcement des vents contraires de l’économie mondiale bénéficient toujours d’une croissance très rapide, on s’aperçoit qu’une grande partie de cette réussite peut être mise au crédit des investissements publics. Ces derniers temps, ce sont bien les investissements publics qui aident à maintenir la dynamique de croissance de l’Inde. Antonio Fiori aime à rappeler cette maxime de Diderot, »L’esprit dit de jolies choses et n’en fait que de petites ». Les politiques d’investissement public des pays en développement ont été fortement critiquées pour leur inefficacité. Mais, bien ciblées, elles restent efficaces. Et l’Amérique du Nord comme l’Europe de l’Ouest en auraient bien besoin, aussi. Mais cela dépend beaucoup des conditions locales. Les investissements publics peuvent améliorer la productivité d’une économie pendant une période de temps considérable, pouvant aller jusqu’à une décennie ou davantage, comme dans le cas de l’Éthiopie. Cela peut également catalyser les investissements privés : des études montrent que cela s’est produit en Inde ces dernières années. Voilà pourquoi les investissements publics vont combler cet écart. La liquéfaction des prix des matières premières et des produits pétroliers, induit en outre actuellement une pénurie dramatique de dollars à laquelle sont confrontées même les compagnies internationales implantées localement.

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