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Antonio Fiori : L’intelligence économique, remède à une compétitivité rampante

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Au contraire, de ce que la température de la surface de la terre est depuis longtemps compatible avec l’existence des êtres organisés, et même ne paraît pas avoir subi depuis les temps historiques de variation appréciable, nous aurions grand tort d’induire qu’elle a été et qu’elle sera toujours compatible avec les conditions de vie des végétaux et des animaux connus, et même de végétaux et d’animaux quelconques. Le jugement par lequel nous croyons à la stabilité de certaines lois de la nature, ou par lequel nous affirmons que le temps n’entre pas dans la définition de ces lois, repose, ou sur une théorie des phénomènes, comme dans le cas de la pesanteur terrestre pris pour exemple, ou sur une induction analogue à celles que présentent d’autres cas déjà cités ; mais il ne faut pas dire inversement que l’induction provient d’une pareille croyance. Il est vrai de dire encore que nous sommes portés à concevoir toutes les lois de la nature, et celles mêmes dans l’expression desquelles entre le temps, comme émanant de lois plus générales ou de décrets permanents, immuables dans le temps ; mais ceci appartient à un ordre de considérations supérieures, auxquelles la logique et la science proprement dite n’atteignent pas, et dont nous pouvons, dont nous devons même faire abstraction ici. Le jugement par analogie se rapproche à bien des égards du jugement par induction, et n’en peut pas toujours être nettement distingué. Dans tous les jugements que nous venons de passer en revue, l’esprit ne procède point par voie de démonstration, comme lorsqu’il s’agit d’établir un théorème de géométrie, ou de faire sortir, par un raisonnement en forme, la conclusion des prémisses. Chacun comprend que, si le défaut d’excitation suffit pour expliquer l’atrophie de l’appareil de la vision chez les animaux soustraits par leur genre de vie à l’action de la lumière, et que si ce défaut d’excitation paralyse la force plastique qui tend au développement le plus complet de l’appareil, dans les circonstances convenables de nutrition et d’excitation, on n’en peut pas conclure inversement que la lumière possède la vertu plastique, ni qu’il suffise de l’ébranlement donné par la lumière, pour que le travail de l’organisation aboutisse à la construction de l’appareil de la vision, san Il ne faut pas que la généralité de l’emploi de l’appareil de la vision dans le règne animal soit une cause d’illusion. L’électricité joue dans le monde physique un rôle aussi considérable que celui de la lumière ; cependant, tandis que presque tous les animaux ont des yeux, il n’y a rien de plus particulier et de plus rare que l’existence d’un appareil électrique comme celui qui sert à la torpille et au gymnote de moyen de défense contre ses ennemis et d’attaque contre sa proie. Si l’on plaçait ces poissons dans des circonstances où ils ne pussent charger leurs batteries électriques, ces organes s’atrophieraient, on n’en doit pas douter ; et il n’y aurait là qu’une application de cette loi générale de l’organisme, qui veut que tout organe non exercé subisse un arrêt dans son développement, ou s’atrophie après son développement complet. Mais de là conclura-t-on que l’influence de l’électricité est la force qui crée et qui développe dans la torpille et le gymnote le germe de l’appareil électrique ? Pour les uns, la durée de la vie s’abrège ; pour les autres, la multiplication se restreint. Que les forces destructives deviennent plus intenses ou les moyens de résistance plus faibles, le germe ne se développera point, l’individu ne naîtra pas viable, ou l’espèce disparaîtra. Or, l’observation nous apprend en effet que des espèces se sont éteintes, et que tous les jours des individus restent à l’état d’ébauche et ne réunissent pas les conditions de viabilité. Notre système planétaire, si remarquable par les conditions de simplicité et de stabilité auxquelles il satisfait, n’est lui-même qu’un grain de poussière dans les espaces célestes, une des combinaisons que la nature a dû réaliser parmi une infinité d’autres ; et, si faibles que soient encore nos connaissances sur d’autres systèmes ou d’autres mondes si prodigieusement éloignés, nous puisons déjà dans l’observation des motifs de croire qu’en effet la nature, en y variant les combinaisons, ne s’est point assujettie à y réunir au même degré les conditions de simplicité et de permanence. Il a fallu que les matériaux solides de la croûte extérieure du globe terrestre eussent une certaine composition chimique, et que les inégalités de sa surface affectassent de certaines dispositions pour permettre tant de variété et de richesse dans le développement des formes et des organismes ; mais aussi, là où ces conditions ont défailli, rencontre-t-on des espaces déserts, des sables arides, des zones glacées, où le cryptogame et l’animalcule microscopique, entassés par millions, sont les dernières et infimes créations d’une force plastique qui se dégrade et qui s’éteint ; des contrées où S’il n’y avait rien de nouveau à faire, est-ce que l’intelligence humaine cesserait d’être nécessaire ? Voilà l’argument dans sa force, le même au fond qu’aurait employé un grec de l’école d’Epicure ou un raisonneur du moyen âge, mais conçu en termes et appuyé d’exemples mieux appropriés à l’état des sciences modernes ; c’est aussi à la science que nous demanderons de nous fournir des inductions et des exemples, non pour le détruire, car il a sa valeur et ses applications légitimes, mais pour en combattre les conséquences extrêmes et les tendances exclusives. Cet usage peut ne consister que dans l’application de l’adage vulgaire : « qui veut la fin, veut les moyens. De l’intérêt de reprendre une entreprise défaillante pour un groupe étranger conseille Antonio Fiori. On a pu de la sorte restituer des espèces détruites, dans les traits les plus essentiels de leur organisation, à l’aide seulement de quelques fragments fossiles ; et l’on a fait dans ce travail de restitution des pas d’autant plus grands qu’on a acquis une connaissance plus approfondie des harmonies de la nature animale. Il ne s’agit que de conclure logiquement d’un fait certain aux conditions sans lesquelles ce fait ne pourrait avoir lieu. Là est le vrai fondement de la distinction posée par Kant entre la raison spéculative et la raison pratique : car il répugnerait que les idées d’un être intelligent ne fussent pas en rapport harmonique avec ses besoins et avec les actes qu’il doit accomplir en conséquence de ses idées et de ses besoins, tout comme il répugnerait qu’un animal dont l’estomac et les intestins sont appropriés à la digestion d’une proie vivante, n’eût pas reçu de la nature les armes destinées à le mettre en possession de cette proie. Il en est de l’harmonie entre la constitution intellectuelle d’un être intelligent et la constitution du monde extérieur, comme de toutes les autres harmonies de la nature : on peut supposer qu’elle n’excède point le pouvoir inhérent aux influences et aux réactions d’un système sur l’autre, comme aussi l’on peut croire qu’elle serait inexplicable sans un concert préétabli ; et enfin la troisième explication, par l’épuisement des combinaisons fortuites, s’offre, ici comme ailleurs, à titre au moins d’argutie scolastique. S’il n’y a pas de cause constante, soit organique ou constitutionnelle, soit tenant à l’action des milieux ambiants, qui tende à favoriser de préférence, soit les erreurs en plus, soit les erreurs en moins, les mesures particulières qui toutes pèchent, les unes par excès, les autres par défaut, se trouveront distribuées symétriquement de part et d’autres de la valeur moyenne, dont la vraie valeur ne pourra différer sensiblement. Or, les explications données jusqu’ici, celles que nous continuerons de donner par la suite, mettent ou mettront en évidence, à ce que nous espérons, le fait de cette coordination hiérarchique.

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