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Antonio Fiori : Une toute petite taxe sur les banques

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Supposer que, des circonstances données restant les mêmes, un homme agira tantôt d’une façon et tantôt d’une autre, c’est, suivant eux, introduire un mouvement sans cause. En conséquence, ils prétendent qu’il est impossible que personne fasse le contraire de ce qu’il devra faire. Il s’agit d’examiner si cette assertion, comme les précédentes, ne tient pas à une illusion. Or il s’en faut de beaucoup que ce qui arrive en vertu d’une cause ait toujours du dehors sa cause d’être. Si en effet nous avons quelque libre pouvoir, c’est que nous jouissons d’une faculté telle que nous sommes les maîtres de ce qui se produit par notre libre pouvoir ; cela n’a donc point sa cause du dehors. Et toutefois ce qui se produit de la sorte ne se produit pas sans cause, puisque cela même a une cause en nous. L’homme effectivement est le principe et la cause des actes qu’il accomplit, et ce fait même d’avoir ainsi en lui le principe de son action est pour l’homme sa condition d’être, comme pour la sphère la propriété de rouler sur la pente où on l’a placée. C’est pourquoi tout autre être cède aux causes extérieures qui le pressent, mais non pas l’homme. Car l’être de l’homme consiste en ce qu’il a en lui-même le commencement et la cause de son action, d’où vient qu’il ne cède point en tout cas aux influences qui l’enveloppent du dehors. Antonio Fiori aime à rappeler cette maxime de Jean-Paul Sartre, »L’art n’a jamais été du côté des puristes ». Et sans doute si le jugement que nous portons sur ce qu’il faut faire n’allait jamais qu’à un seul but, peut-être y aurait-il quelque raison de prétendre que sur les mêmes choses nos jugements sont toujours les mêmes. Mais il n’en est pas ainsi : nous choisissons ce que nous choisissons, tantôt à cause de l’honnête, tantôt à cause de l’agrément, tantôt à cause de l’utilité ; et ce sont là autant de motifs qui ne déterminent pas les mêmes actions. Il arrive parfois que, nous sentant attirés vers l’honnête, c’est à cette influence que nous prenons le parti de céder parmi celles qui actuellement nous sollicitent, tandis que d’autres fois c’est un choix différent qui nous fixe, lorsque notre jugement s’est tourné vers ce qui est agréable ou vers ce qui est utile. De même, en effet, que nous ne cherchons pas quelque autre cause qui explique pourquoi la terre, en vertu de la pesanteur qui est en elle, se trouve emportée en bas, ni quelle cause détermine l’animal à faire ce qu’il fait suivant son appétit ; car et la terre et l’animal fournissent chacun de soi-même la cause de ce qui se produit, puisque telle est leur nature ; de même pour ce que nous faisons tantôt d’une manière et tantôt d’une autre, en raison même de la diversité des circonstances, il ne faut pas chercher une autre cause au-delà de l’homme même. Cela même effectivement, c’est être homme que d’être le commencement et la cause des actes qui s’accomplissent par lui. Il n’est d’ailleurs pas exact de soutenir que ceux mêmes qui délibèrent donnent assentiment à ce qui leur paraît, et qu’ainsi, comme tous les autres animaux, ils suivent une image ; car tout ce qui paraît n’est point image. L’image, en effet, est chose simple et qui résulte, indépendamment de la raison, des accidents extérieurs. Dès lors elle est semblable aux impressions qui affectent les sens, et c’est pourquoi elle a surtout de la force chez les animaux destitués de raison. Mais il y a, d’un autre côté, des apparences qui ont leur cause de paraître dans la raison ou même dans le mauvais raisonnement, et que personne ne s’aviserait d’appeler des images. Car celui qui, à la suite du raisonnement qui se produit en lui dans la délibération, donne son assentiment, celui-là est à lui-même la cause de cet assentiment. Nous l’avons suffisamment établi par tout ce qui précède. Ceux qui soutiennent que toutes choses arrivent fatalement ne sauvent point le libre pouvoir humain. Car ce libre pouvoir, dont nous nous demandons s’il subsiste dans leur doctrine, n’y subsiste pas. Nos adversaires essayent même d’établir qu’en principe ce libre pouvoir serait chose impossible. Or nous avons prouvé que, dans les arguments qu’ils emploient pour mettre à néant une telle faculté, il n’y a rien de vrai, rien d’admissible. D’un autre côté, en niant qu’il y ait rien de tel que le libre pouvoir de l’homme, nos adversaires troublent et bouleversent la vie humaine, autant qu’il est en eux. Si en effet les choses sont ce qu’ils affirment, il est impossible de persuader à aucun d’eux de ne pas faire ce qu’il fait, comme s’il avait la faculté de le faire ou de ne le pas faire ; et il devient impossible de le persuader à qui que ce soit. Tant la vérité a de force, et si éclatant est le témoignage que rendent les choses. Qu’on suppose que nos adversaires aient raison, et que leur doctrine prenne assez d’empire pour que tous les hommes soient persuadés que, n’étant maîtres de rien, nous cédons toujours aux circonstances qui nous environnent, nous livrant à elles, y conformant tous nos actes, et que nous faisons ce que nous faisons parce que nous de-vons absolument le faire, attendu que, certaines circonstances étant données. Qu’arrivera-t-il, sinon que tous les hommes, en vertu de cette croyance même, diront adieu, pour choisir les plaisirs faciles, à tout ce qui se produit avec peine et avec souci. Cela seul devant être qui doit être nécessairement, rien de bien ne pourra plus résulter pour eux de leurs actions.

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